L'art de prendre du recul sur une méthode sur-médiatisée.

Issu de la Silicon Valley, le Design Thinking réconcilie les mondes de l’ingénieur et de la création, en proposant une démarche et un état d’esprit « user centric » qui active notre capacité innée d’empathie, tout en favorisant une dynamique collaborative au sein de l’entreprise tout en ralliant les clients, en amont de la réflexion.

 

 

Avant d’être un formidable outil d’inspiration ou de conception innovant, le Design Thinking est en premier lieu un mindset qui replace l’humain au centre des réflexions et enjeux, avec un focus fort sur le « why » et le « what » versus le « how ».

 

 

Le « how » étant bien trop souvent la question qui cristallise les ressources des projets en occultant le sens et la valeur d’un projet.

 

 

Ainsi, le Design Thinking permet, en suivant une démarche bien connue de tous maintenant (Cadrage/Inspiration/Idéation/Expérimentation), de concevoir des MVP alliant faisabilités et désirabilités client.

Pourtant, une fois cette définition bien énoncée et bien comprise, il n’est pas rare de constater sur le terrain des situations de blocage en cours de processus (par exemple : lors du passage de l’idéation à l’expérimentation), provocant ainsi une forme de frustration et d’incompréhension entre le client et son cabinet de conseil, allant jusque parfois, remettre en question la pertinence de cette nouvelle approche venue de la Californie lointaine.

 

 

Le desing thinking est une approche puissante, novatrice et complexe qui demande une expertise et quelques heures de pratique aux équipes avant d’être maitrisée. Une sorte de déclic doit se faire afin de prendre complètement possession de ce nouvel état d’esprit.

 

 

 

Il faut le reconnaître, le Design Thinking génère un vrai décrochage des repères traditionnels de conception et pilotage, plus encore les équipes se retrouvent très souvent avec une matière de réflexion « touffue » difficile à synthétiser, organiser et in fine exploiter lors des phases d’expérimentation et d’industrialisation.

 

 

 

Tout aussi critique, sans un réel lâcher-prise (démarrer sans idée pré-conçue ni parti pris) le Design Thinking se réduit à une sympathique méthode de brainstorming au goût de fraise Tagada doublée d’un exercice de décoration murale à base de Post-it.

Afin de vous permettre de démarrer votre processus d’appropriation de cette démarche qui pourra vous ouvrir des champs d’innovation insoupçonnés, il me semble vital de rappeler au lecteur que le Design Thinking n’est pas la méthode miracle qui permettra à coup sûr d’être le champion de l’innovation et de la créativité. Il serait plus juste de considérer le Design Thinking comme une démarche qui permet l’accouchement (ou maïeutique pour les plus calés en philo) d’idée ou projet dans une démarche ou client et marques se rapproche pour co-construire.

 

 

En revenant aux fondamentaux de cette approche (historique, mindset, processus, …) on se rendra aisément compte que le Design Thinking n’est pas nécessairement applicable dans tous les contextes ou phases de projet. Par exemple le Design Thinking ne sera pas pertinent si le projet est déjà bien avancé ou si l’on est déjà bien convaincue de sa trajectoire (partis pris, périmètre, roadmap, etc.) Le Design Thinking étant majoritairement un état d’esprit, il est nécessaire de prendre en compte une phase d’apprentissage et d’absorbation avant de pouvoir se lancer. Il est prudent au préalable de démarrer par étape avec un peu de pratique sur des réflexions simples et bien débriefer à la fin de chaque atelier. Etre accompagné par des experts qui sont tous sauf des consultants trop « process/rigide » (et pas beaucoup design). Pour illustrer le propos je vous livre quelques exemples révélateurs :

Une séance qui démarre avec une analyse data des besoins clients, des partis pris déjà posés sur un tableau, une équipe trop enfermée dans des «canevas » rigides, une animation trop directive qui ne laisse pas la place à la co-construction, …

Pour vous aider avant de vous lancer voici quelques recommandations, qui vous permettront de tirer le meilleur parti de cette belle et puissante démarche :

L’Etat d’esprit dans lequel chacun doit se placer : « Je n’ai pas d’a priori sur la solution ou la trajectoire du projet, je ne m’interdis aucun scénario et il n’y pas de paradigme immuable. Je favorise la co-construction » (clients, métier, partenaires, consultants …)

Lâcher-prise total afin de favoriser la dynamique de groupe et être en mode « disruptif ».

• Ne pas hésiter à repartir du célèbre « why »  afin de confirmer, affirmer la formulation de la problématique que l’on souhaite traiter.

• Prendre en compte le contexte dans lequel on travaille : ADN de marque, secteur industriel, culture d’entreprise, …

S’échauffer avec des ateliers simples  et ne pas hésiter à travailler à briser la glace entre les équipes (calinothérapie, animation ludique, …)

• Un petit tour en formation de psychologie relationnelle est un vrai plus afin de libérer vos cœurs et esprits des carcans dans lesquels nous sommes inconsciemment installés, travailler le devenir soi (cf. la Définition de Jacques Attali) et l’ouverture vers l’autre.

Ne pas hésiter à improviser des exercices durant les ateliers en prenant la températures de l’ambiance et sortir d’une expérience trop séquentielle ou trop linéaire.

Pour approfondir je vous recommande :

Sommés par les journaux et le web d’innover sous peine de disparaître et avant de nous jeter dans des méthodes miracles que nous crient certains gourous ou stratèges autoproclamés du Design Thinking, on peut se demander si, être tous simplement ingénieux, ne serait pas une bonne entrée en matière au Design thinking.

 

 

Ingénieux ? Oui vous savez ce bon vieux système D que nous redécouvrons grace au développement des « pays émergeants », une innovation frugale alliant pragmatisme, ressources restreintes afin d’imaginer et concevoir des produits ou services en phase avec cette nouvelle race de clients que l’on nomme les consom’acteur (prosummers) …

 

 

Nous en reparlerons, mais avant, une dernière recommandation de lecture :

Jugaad, Innovation Frugale

Simone Ahuja, Jaideep PrabhuNavi Radjou.

By Félix

Président